Le protestantisme, minorité
vivante
source :
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2266264&rubId=1098
Un sondage CSA-« La Croix »-« Réforme » dresse le portrait des 4 % de
Français qui se disent « proches du protestantisme ». Parmi eux, 25 % se
rattachent à la mouvance « évangélique »
Le protestantisme français se porte plutôt
bien. C’est ce que révèle
le sondage CSA-La Croix-Réforme
publié mercredi 12 avril. Pour
la première fois depuis dix ans, ce sondage dresse le portrait des personnes
se déclarant « proches du protestantisme ». Et le nombre de celles-ci
s’élève désormais à 4 % de la population française (contre 3 % en 1995). Le
protestantisme n’a donc pas perdu de sa force d’attraction, au contraire,
même s’il reste très minoritaire dans le paysage religieux français.
Parmi les personnes citant le protestantisme comme la religion dont elles se
sentent « le plus proche », la proportion de ceux qui se déclarent d’origine
catholique est importante. Elle dépasse même le nombre de protestants
d’origine (48 % contre 42 %). Rapportée au nombre de catholiques français,
c’est certes une minorité qui a choisi un mode protestant d’expression de la
foi, mais une minorité croissante. Les catholiques d’origine parmi les «
proches du protestantisme » n’étaient que 40 % il y a dix ans.
Sur les pratiques religieuses, le sondage bat en brèche une conviction
historique – devenue fausse évidence – qui associe protestantisme et lecture
assidue de la Bible. De
manière tout à fait spectaculaire, 46 % des proches du protestantisme
interrogés déclarent « ne jamais lire la Bible ». Les « huguenots » de souche trouveront
toutefois à se consoler en constatant que les protestants d’origine sont les
plus fidèles à cette pratique (30 % d’entre eux la lisent au moins une fois
par mois) et que ce sont les anciens catholiques qui font baisser les
chiffres : seuls 12 % des catholiques d’origine lisent la Bible au moins une fois par mois…

Le mariage des pasteurs
Pour
ce qui est de la pratique dominicale, 19 % des proches du protestantisme se
rendent au culte au moins une fois par mois. La plupart d’entre eux sont
donc des non pratiquants. Mais les protestants se maintiennent à un niveau
de pratique relativement plus élevé que les catholiques. En décembre 2004,
un sondage CSA-La Croix révélait en effet que seuls 12,8 % des
catholiques allaient à la messe au moins une fois par mois (lire
La Croix
du 24 décembre 2004).
Pourquoi se sent-on aujourd’hui proche du protestantisme ? Le sondage donne
d’intéressants éléments de réponse. En tête des raisons affichées : le fait
que les pasteurs puissent se marier (40 %), la liberté d’esprit (31 %) et la
place reconnue aux femmes (23 %). Ce tiercé confirme que l’adhésion au
protestantisme s’adosse à son inculturation dans la modernité. Il apparaît,
aux yeux de ceux qui le choisissent, comme une forme de christianisme
compatible avec la modernité libérale qui valorise l’égalité entre les sexes
et la liberté de conscience.
Il faut toutefois noter que « la liberté d’esprit », première raison donnée
à l’adhésion au protestantisme en
1995, a reculé de 16 points en dix ans. « Je pense que
le protestantisme est considéré aujourd’hui comme moins critique et plus
conformiste, analyse le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante
de France (FPF). Nos bagarres actuelles autour de l’immigration, des droits
de l’homme et de la pauvreté ne sont visiblement pas reconnues. » Par
ailleurs, les raisons d’adhésion proprement religieuses sont en croissance.
La grande unité des protestants
À
la lecture de ce sondage, Jean-Arnold de Clermont se réjouit de constater
une grande unité des protestants sur le plan des valeurs, même si les
évangéliques continuent de se distinguer par un plus grand rigorisme moral.
« Je crois que cette grande homogénéité est liée au fait que nous sommes une
minorité et que cela teint nos raisons d’adhérer au protestantisme et nos
valeurs, souligne le président de la FPF. Cette spécificité
de minorité nous unit plus que la culture biblique qui, à la lecture de ce
sondage, prend certains bleus. »
Enfin, 58 % des protestants disent souhaiter des relations plus étroites
entre protestants et catholiques. Ils sont d’ailleurs 48 % à déclarer que
ces deux familles chrétiennes se sont rapprochées ces dernières années,
suggérant que le dialogue œcuménique se porte mieux à la base qu’au sommet
des Églises. Les protestants ne semblent donc pas en proie à un raidissement
identitaire ou communautaire. On ne peut que s’en réjouir.
Elodie MAUROT
Fiche
technique du sondage
Sondage
exclusif CSA / REFORME / LA CROIX réalisé par téléphone
du 16 novembre 2005 au 26 janvier 2006.
Echantillon
national représentatif de 420 personnes se déclarant proches du
protestantisme, issu d’un cumul de 10 échantillons nationaux représentatifs
de 1000 personnes âgées de 18 ans et plus chacun, soit 9757 personnes en
tout. Ces échantillons ont été constitués d'après la méthode des quotas (sexe,
âge, profession du chef de ménage), après stratification par région et
catégorie d’agglomération.
La
grande famille de la
Réforme
La Fédération protestante de France (FPF), née en
1905, regroupe actuellement 22 Églises ou Union d’Églises et 81
associations, représentant 500 institutions, œuvres et mouvements. Elle est
présidée depuis 1999 par le pasteur réformé Jean-Arnold de Clermont.
FPF : 47, rue de Clichy 75311 Paris Cedex 09. Tél. : 01.44.53.47.00.
Site :
www.protestants.org
900 000 protestants appartiennent à des Églises membres de la FPF. Ils se partagent
notamment entre l’Église réformée de France (ERF, 300 000 membres), l’Église
évangélique luthérienne de France (Eelf, 40 000 membres), ainsi que l’Église
de
la Confession
d’Augsbourg d’Alsace-Lorraine (Ecaal, luthérienne, 200 000 membres) et
l’Église réformée d’Alsace-Lorraine (Eral, 33 000 membres), en cours de
fusion.
Outre des Églises baptistes et pentecôtistes membres de longue date de la FPF, plusieurs entités
évangéliques ont rejoint
la Fédération récemment.
À lire
Protestants en France aujourd’hui, de Claude Dargent (Payot 2005).
Du ghetto au réseau – Le protestantisme évangélique en France, 1800-2005,
de Sébastien Fath (Éditions Labor et Fides, 428 p., 23 €).
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