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DA VINCI CODE… QU’ EN PENSER ?

Eléments de réponse

 

Pasteur Serge Martorana

 

 

 

Introduction

 

Suite au "tapage médiatique" fait sur le livre de Dan Brown puis sur le film éponyme à sortir prochainement, on me demande souvent ce que j' en pense... L’ impact laissé par les thèses de l’ auteur est phénoménal : certains chrétiens sont ébranlés dans leur foi ou ne savent simplement quoi penser tout en refusant intérieurement mais sans arguments, les conclusions du livre ; d’ autres reçoivent ces thèses comme « vérités historiques » et, pour certains, jubilent même à l’ idée que, enfin, l’ Eglise pourra être mise à mal dans les fondements de sa foi…

Récemment quelqu’un me disait que les théories présentées par Dan Brown étaient plausibles. C’ est vrai, mais est-ce parce qu’ une théorie est plausible qu’ elle est historiquement vraie ? 

Qu’ en penser ?

 

J’ ai donc eu l’ idée de procéder à quelques recherches afin de me constituer un dossier, et en faire profiter ceux qui le désirent.

Certains penseront peut-être entendre « la voix officielle des Eglises » dans les lignes qui suivent. Rassurez-vous, il n’ y a aucune censure de ma part ni aucune sorte de « pudibonderie intellectuelle » à l’ évocation du Da Vinci Code.

Il y a par contre le profond désir de donner à ceux qui s’ intéressent au sujet, des éléments concrets sur le plan historique, sur celui de la critique textuelle (l’ étude des textes qui ont servi ou non à définir le canon - l’ ensemble des textes reconnus comme inspirés - des Ecritures), ainsi que d’ un point de vue artistique.

 

Dans l’ étude suivante, je propose donc :

 

A- Une approche historique grâce à l’ analyse largement étayée de Nicky Gumbel, ancien avocat et pasteur de l’ Eglise Anglicane en Angleterre. . . .   (3 – 11)

 

B- Une approche plus théologique et philosophique avec Paul Wells, professeur de théologie systématique à la faculté libre de théologie réformée d’ Aix en Provence. .. (12 – 13)

 

C- Une approche artistique avec deux essais d’ interprétation de l’ œuvre de Léonard de Vinci, l’ Ultima Cena.  . . . . . . . . .. (14 – 16)

 D- Deux textes supplémentaires à propos de Jésus et Marie-Madeleine .....(16 – 18)

 

E- Enfin, je vous proposerai ma conclusion.  . . . . . . . . . . . . . . . . .  (19 – 20)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A- UNE APPROCHE HISTORIQUE :

 

 

L’ étude de Nicky Gumbel : « LE DA VINCI CODE, une réponse »

 

 

Sommaire

I. Sur quoi repose l’intrigue du Da Vinci Code? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3

II. Dan Brown lui-même croit-il que tout cela est vrai ? . . . . . . . . ..............................4

III. Quelles sont les preuves avancées par le Da Vinci Code ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4

1) le document Q . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . 4

2) Les manuscrits de la mer Morte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .4

3) Les documents de Hag Hammadi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  . 5

                              a) L’Evangile de Thomas . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . .  6

b) L’Evangile de Philippe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ...... .  . . . 6

c) L’Evangile de Marie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  .. . . 6

IV. Existe-t-il une preuve que Jésus ait été marié à Marie Madeleine ? . . . . . . . .. . .. . 7

V. Existe-t-il des preuves ‘d’une forme antérieure de Christianisme’ durant laquelle ‘personne ne croyait que Jésus était Dieu’ ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. .. . . . . 7

VI. Que s’est-il passé au Concile de Nicée et quel a été le rôle de Constantin ? . .  . . . 8

VII. Où est la vérité ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . 10

Notes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .  . . . . . . . . . . 11

 

 

Selon la presse internationale, le Da Vinci Code, publié en avril 2003 est le plus gros succès de tous les temps dans la catégorie roman pour adultes. Ce livre s’est vendu à des millions d’exemplaires, il a été traduit dans des dizaines de langues et a fait l’objet d’une adaptation au cinéma. Il a fait de son auteur, Dan Brown, un multimillionnaire.

 

Dans un article intitulé «“Da Vinci Code”, faux mystères, vrai succès» (du 09.09.04), le quotidien Le Monde résumait la situation: «Dans un roman qui est devenu un énorme succès éditorial, l’Américain Dan Brown raconte que Jésus était l’époux de Marie-Madeleine et l’ancêtre des Mérovingiens. Crimes et complots, jeux et énigmes jalonnent l’intrigue.»

(…)

 

S’il peut y avoir débat sur ses mérites littéraires, il n’y a aucun doute sur son impact.

(…)

 

Comment un roman (une œuvre de fiction) peut-il avoir un tel impact ?

 

Le Da Vinci Code est un thriller présenté comme un roman historique: c’est une fiction qui cherche à convaincre le lecteur qu’elle est fondée sur des faits. D’après le Cardinal George, Archevêque de Chicago, «c’est absurde mais convaincant pour beaucoup»5.

Alors de quoi est-il question ?

Nous n’avons pas à nous inquiéter de la trame de l’histoire car par bien des aspects, celle-ci n’a aucun rapport avec les affirmations théologiques. Il n’est pas question ici d’examiner l’exactitude des descriptions des divers endroits mentionnés tels que le Château de la Villette près de Paris, le Ritz, le Louvre, l’église du Temple et bien d’autres.

Même si le fait de les mentionner a favorisé le tourisme et les visites de ces sites, l’exactitude des descriptions a parfois été remise en question. Je n’ai pas non plus de temps à consacrer à des questions annexes telles que les Templiers, le prieuré de Sion, les œuvres de Léonard de Vinci, les attaques contre l’Eglise Catholique (le Vatican) et l’Opus Dei. La plupart de ces thèmes viennent du livre Le sang sacré et le Saint Graal publié en 1982, et Dan Brown est sous le coup de poursuites judiciaires de la part de ses auteurs Michael Baigent, Richard Leigh et Henri Lincoln.

Les racines et le fond du livre sont théologiques et, en fait elles sont même christologiques. Tout est construit sur une théorie concernant Jésus et tout le reste de l’histoire ne tient que s’il y a quelque chose de vrai dans cette théorie.

 

 

I. Sur quoi repose l’intrigue du Da Vinci Code ?

 

Les personnages du Da Vinci Code affirment que « une grande partie de ce que l’Eglise nous a enseigné – et nous enseigne encore – sur Jésus est tout simplement faux »7.

Le livre soutient les affirmations suivantes :

- L’Eglise Catholique aurait caché les faits véritables concernant le christianisme par la force et par la terreur.

- Jésus était en fait marié à Marie Madeleine (qui était le principal disciple du Christ).

- Le Saint Graal n’est pas, comme tout le monde le croit, le calice utilisé lors de la Cène mais les entrailles de Marie Madeleine qui ont porté la fille de Jésus, Sarah.

- Les descendants de Marie-Madeleine et de Jésus sont devenus les Rois de France8.

- Jésus n’était pas le fils de Dieu.

- Il était un prophète mortel: un homme grand et puissant d’une influence renversante qui a inspiré à des millions de personnes le désir d’une vie meilleure.

- Jésus était un féministe convaincu.

- L’empereur païen Constantin proposa une motion pour élever Jésus au rang de dieu au concile de Nicée en 325 après JC.

- Jésus a été proclamé fils de Dieu par un vote avec une faible majorité mais avant cela, personne ne croyait qu’il était divin.

- La motivation de Constantin était de donner plus de pouvoir à l’Eglise Catholique.

 

Comment Dan Brown arrive-t-il à cette conclusion?

Son argument est que les premiers écrits chrétiens ne sont pas en accord avec la Bible et que c’est Constantin qui a constitué la Bible telle que nous la connaissons aujourd’hui. Il soutient que Constantin aurait commandé et financé une nouvelle Bible, qui aurait mis de côté les Évangiles qui parlaient du Christ comme étant un être humain et en revanche aurait embelli ceux qui le rendaient divin. Selon le Da Vinci Code, Constantin aurait rejeté des dizaines d’autres Évangiles et réécrit les 4 qui sont dans la Bible aujourd’hui. Il prétend que des milliers d’Évangiles auraient été brûlés ou interdits mais que certains auraient survécu comme par exemple, le document Q, les manuscrits de la Mer Morte et les écrits de Hag Hammadi.

Le Da Vinci Code suggère que l’Eglise a dissimulé la vérité à propos de Jésus et que c’est la plus grande conspiration et dissimulation depuis 2000 ans. Il prétend que des rumeurs de cette conspiration auraient été chuchotées en d’innombrables langues au cours des siècles en particulier à travers les arts, la musique et la littérature et de manière plus spectaculaire dans les peintures de Léonard de Vinci. Le livre prétend que les restes de ce secret auraient été gardés jusqu’à nos jours par une confrérie secrète dont Léonard de Vinci aurait été membre. En résumé, le livre suggère que le christianisme tel que nous le connaissons serait une imposture de gigantesque envergure.

 

 

 

 

 

 

 

II. Dan Brown lui-même croit-il que tout cela est vrai ?

 

Il y a ici une certaine ambiguïté. Le roman commence par une page intitulée «Les faits» qui se termine par la conclusion que «toutes les descriptions d’œuvres d’art, d’architecture, de documents et de rituels secrets évoqués sont avérés»9. Cela inclut probablement les écrits du Nouveau Testament et les autres écrits qui se réfèrent à Jésus. Il est possible que certains lecteurs puissent comprendre que cela signifie que les conclusions auxquelles il parvient sur Jésus reposent ainsi sur des faits. Sur le site Internet de Dan Brown, on peut lire «je crois que les théories discutées par les personnages ont leur mérite». Il n’affirme pas qu’elles sont exactes ou vraies mais il est en désaccord avec ceux qui tentent de réfuter le Da Vinci Code. Il se qualifie de chrétien mais se différencie de «ceux qui acceptent la Bible comme un fait historique absolu». Il déclare: «nous suivons tous notre propre cheminement dans la réflexion. Je me considère comme étant à l’école de nombreuses religions.»10

 

 

III. Quelles sont les preuves avancées par le Da Vinci Code?

 

Y a-t-il des preuves de l’existence d’une version du christianisme antérieure à celle dont nous avons une description dans le Nouveau Testament?

Le Da Vinci Code cite trois sources décrites comme étant «les premiers textes chrétiens»11. Le livre affirme: «…certains de ces Évangiles interdits ont survécu. On a découvert en 1947 Les manuscrits de la Mer Morte dans une grotte, à Qumran, en plein désert de Judée. Et on avait trouvé en 1945 les parchemins coptes d’Hag Hammadi. Tous ces textes racontent la véritable histoire du Graal, tout en relatant le ministère de Jésus sous un angle très humain. (…). Ces documents mettent en lumière les incohérences et les inventions pures et simples de la Bible de Constantin et confirment le fait qu’elle a été compilée et rédigée en fonction d’un programme politique: promouvoir la divinité de Jésus et se servir de son influence pour consolider le pouvoir en place.»12 Troisièmement, le Da Vinci Code cite «la légendaire source Q – un manuscrit dont le Vatican lui-même admet l’existence. Il s’agirait d’un document rassemblant les enseignements de Jésus, qui pourraient être écrits de sa propre main.» 13

Les affirmations à propos de ces trois documents reposent-elles sur des faits ?

 

1) le document Q

La seule nouveauté là-dedans est l’hypothèse selon laquelle Q aurait été écrit par Jésus. Q est la source supposée des passages des Évangiles synoptiques où Mathieu et Luc montrent une forte similitude entre eux mais pas avec celui de Marc. Ce manuscrit est constitué en grande partie de paroles de Jésus. Celles-ci ont été référencées par les savants allemands sous le nom de «Quelle» (en allemand «source»), abrégé en «Q». Au 20e siècle, l’hypothèse Q était à la base de presque toutes les études sérieuses sur l’origine et le développement des traditions des Évangiles.

L’existence de ce document est d’une certaine manière sans importance. L’intérêt réside dans le fait que nous savons, en gros, ce que contient le document Q d’après ce que disent les Évangiles de Mathieu et de Luc. Il n’y a rien ici qui puisse troubler notre confiance dans

les documents qui se trouvent déjà dans le Nouveau Testament. Le document Q n’ajoute rien à ce qu’il y a déjà dans le Nouveau Testament et n’est certainement pas en contradiction avec les Evangiles dont nous disposons.

 

2) Les manuscrits de la mer Morte

Ils ont été trouvés à partir de 1947 près de Qumran. Ils contenaient 3 éléments:

– Tous les livres bibliques de l’Ancien Testament sauf celui d’Esther. Par exemple, ils contiennent la plus ancienne copie du livre d’Isaïe, antérieure aux autres d’au moins 1000 ans.

– Des commentaires bibliques des livres de l’Ancien Testament, des psaumes et des cantiques

– Des écrits sectaires relatifs à la communauté de Qumran.

Il est vrai que des retards de publication ont été à l’origine de théories de conspiration selon lesquelles les manuscrits contiendraient des informations qui devaient ébranler le Christianisme. Cependant, il n’est plus possible d’affirmer cela car il n’y a aucune preuve textuelle qui soutienne cette théorie.

Tous les manuscrits de la Mer Morte ont maintenant été traduits et sont disponibles dans n’importe quelle bonne librairie. Ce ne sont absolument pas des Evangiles. Il n’y est fait aucune mention de Jésus, Paul ou Jean-Baptiste. Ils contiennent des renseignements très intéressants sur le contexte du Nouveau Testament mais ils n’ont pas de lien direct avec lui. Non seulement ils sont loin d’être les plus anciens écrits chrétiens mais ce ne sont tout simplement pas des écrits chrétiens.

 

3) Les documents de Hag Hammadi

En 1945, deux paysans de Haute Egypte ont découvert une jarre alors qu’ils étaient en train de creuser. Ils fracassèrent la jarre, pensant qu’elle contenait de l’or. Ils trouvèrent à l’intérieur des codex en papyrus. L’un deux, Mohammed Ali, cacha les manuscrits dans sa tunique, prit son chameau et les ramena dans une minuscule masure de son village. Quand les documents furent examinés, ils se révélèrent être des manuscrits de papyrus coptes du 4e siècle. Il y avait 12 codex (anciens manuscrits) et 8 pages d’un codex du 13e siècle. Ils contenaient 45 chapitres séparés écrits en copte et traduits du grec. Ils constituent une bibliothèque gnostique qui est une contribution unique par son importance pour notre connaissance du gnosticisme.

Le gnosticisme est un mouvement très difficile à définir, un peu comme le mouvement New Age d’aujourd’hui. Il était ésotérique, décentralisé et éclectique et était le plus grand défi à la foi chrétienne naissante des 2e et 3e siècle. Il existait une infinie variété de gnosticisme, mais toutes reposent fondamentalement sur une dualité radicale entre l’esprit et la matière. Le royaume matériel était considéré comme mauvais. De «l’Être Suprême» inconnu venait une série d’émanations ou ‘aéons’: des êtres spirituels de haut niveau capables de communiquer avec «l’Etre Suprême». Un des aéons inférieurs, qui n’était pas en contact direct avec «l’Etre

Suprême» était responsable de la création. Ainsi, même si elle n’est pas complètement mauvaise, la création est pour le moins maladroite et ignorante: c’est une sphère dont les êtres humains doivent s’échapper. Le seul moyen de s’échapper est la «gnose»: la connaissance secrète du vrai dieu. Le salut, pensait-on, consistait à surmonter l’ignorance par la connaissance de soi. La mission du Christ était de venir comme émissaire du Dieu Suprême, en apportant la ‘gnose’. Pour les gnostiques, le Christ en tant qu’être divin n’a pas eu de corps

humain et n’est pas mort. Il a soit habité temporairement un être humain, Jésus, soit pris une apparence humaine, une simple illusion.

Le gnosticisme avait tendance à être docétique. Docétique vient du Grec «Dokeo» signifiant ‘je semble’. C’est une tendance qui considérait l’humanité et les souffrances du Christ sur terre comme apparentes plutôt que réelles (c’est à dire que Jésus ne faisait que paraître être un être humain). C’est une hérésie qui est attaquée dans le Nouveau Testament (voir 1 Jean 4, 1-3; 2 Jean 7 et Colossiens 2, 8). Même si elle a commencé à apparaître à l’époque du Nouveau Testament, cette théorie a atteint son apogée au cours de la génération suivante, en particulier

parmi les Gnostiques.

La découverte des documents de Hag Hammadi a approfondi notre connaissance du gnosticisme. Il n’y a aucun ‘secret’ dans ce qui a été découvert à Hag Hammadi (comme sous entendu dans le Da Vinci Code).

Encore une fois, eux aussi sont disponibles dans n’importe quelle grande librairie.

Les documents de Hag Hammadi ne sont en rien les Evangiles. Les «Évangiles» gnostiques ne sont pas historiques, et sont même anti-historiques, avec peu de narration ou de sens chronologique. Ils ont été écrits des générations après les faits alors qu’ils se réclament d’une connaissance directe et secrète à leur sujet. La plus grosse partie est une pseudo-épigraphie, ce qui est au mieux un procédé littéraire et au pire une escroquerie. En d’autres termes, on prétend qu’ils ont été écrits par l’apôtre Thomas alors que cela est tout à fait impossible : il était mort depuis des décennies – si ce n’est des siècles –, au moment où ils ont été écrits.

Des écrivains anti-gnostiques tels qu’Irénée, Tertullien et Hippolyte ont souligné les traits païens du gnosticisme et ont appelé à se concentrer sur le sens clair de l’Ecriture – tel qu’interprété par la tradition de l’Eglise – qui a été transmis par une chaîne d’enseignants remontant aux apôtres. Ils insistaient sur l’identité du Créateur et Dieu Suprême, sur la beauté de la création et sur la réalité de la vie terrestre du Christ, en particulier sa crucifixion et résurrection. Ils affirmaient que les être humains avaient besoin d’être sauvés et rachetés du mal, plutôt que sauvés d’un environnement maléfique.

 

Le Da Vinci Code cite trois de ces Évangiles «gnostiques» comme preuve :

 

a) L’Evangile de Thomas

C’est une version copte écrite en 400, traduite d’un original grec probablement écrit en 150. Il n’est pas comme les Évangiles canoniques. Il est historique dans sa forme, mais est constitué d’une série de versets concis et de paraboles de Jésus (par exemple la parabole du semeur, de la graine de moutarde, du métayer, de la brebis perdue et de plusieurs extraits du sermon sur la Montagne). Il inclut également d’autres adages qui portent des traces de gnosticisme. Il est assez savoureux par exemple de voir le Da Vinci Code prétendre que Jésus aurait été plus favorable aux femmes que ce qu’en dit le Nouveau Testament. En réalité, ces textes montrent que l’anthropologie gnostique avait une très mauvaise opinion de la femme. Elles étaient considérées comme des créatures de second rang et imparfaites. L’Évangile de Thomas, par exemple se termine par le verset 14: Simon Pierre leur dit: «Laissez partir Marie, car les femmes ne sont pas dignes de vie.» Jésus dit: «Je vais la guider moi-même pour en faire un

homme, afin qu’elle puisse devenir un esprit vivant ressemblant à vous les hommes. Car chaque femme qui deviendra un homme entrera au Royaume des cieux.»14

En d’autres termes, pour une femme, le seul moyen d’être sauvée est de devenir un homme. C’est loin d’être une approche féministe! Dans le contexte de l’époque, le Jésus du Nouveau Testament témoigne d’une vue sur la dignité, l’égalité et le statut de la femme bien plus éclairée et révolutionnaire.

 

b) L’Evangile de Philippe

Ceci est un autre écrit gnostique trouvé à Hag Hammadi. Il ne contient pas de récit mais seulement quelques épisodes et paroles attribuées au Christ. Il se peut qu’il ait été écrit dans la deuxième moitié du 3e siècle. Cet ‘Évangile’ contient le passage sur lequel le Da Vinci Code s’appuie pour suggérer que Jésus était marié à Marie Madeleine. «Et le compagnon de… Marie-Madeleine…l’aimait plus que tous les disciples et avait l’habitude de l’embrasser (souvent) sur le (ou la)… Le reste des disciples… Ils lui demandaient: Pourquoi l’aimes-tu plus que nous tous?»15

 

c) L’Evangile de Marie

Il appartient aussi au genre du dialogue gnostique. Il a été écrit à l’origine en grec au cours du 2e siècle. Le passage sur lequel le Da Vinci Code s’appuie dit: «Alors Pierre dit: ‘Est-il possible que le maître se soit entretenu ainsi avec une femme sur des secrets que nous, nous ignorons? Devons-nous changer nos habitudes, et tous écouter cette femme? L’a-t-il vraiment choisie et préférée à nous?’ Et Lévi répondit ‘Pierre tu as toujours été un emporté. Je te vois maintenant acharné contre la femme, comme le sont nos adversaires. Pourtant, si le Maître l’a agréée, qui es-tu pour la rejeter? Assurément, le Maître la connaît très bien. Il l’a aimée plus que nous.»16

 

C’est en se basant sur ces passages que Dan Brown conclut que selon ces Évangiles non modifiés, ce n’est pas à Pierre que le Christ a confié ses instructions pour conduire son Eglise après sa mort, mais à Marie-Madeleine.17

 

 

IV. Existe-t-il une preuve que Jésus ait été marié à Marie Madeleine ?

 

Il y a au moins une douzaine de références à Marie de Magdala (ville située sur la côte ouest de la Mer de Galilée) dans les 4 Evangiles du Nouveau Testament (Mathieu, Marc, Luc et Jean).

- Elle est décrite comme une femme ayant souffert de possession démoniaque et de qui Jésus a chassé sept démons. (Marc 16,9 et Luc 8,2)

- C’est une des femmes qui accompagnait Jésus dans son ministère (Luc 8,2)

- Elle a été témoin de la crucifixion (Mathieu 27,56 ; Marc 15,40; Jean 19,25)

- Elle était présente lors de la mise au tombeau de Jésus (Mathieu 27,61; Marc 15,47)

- Elle était témoin du tombeau vide (Mathieu 28,1- 10; Marc 16, 1-8; Luc 24,10)

- Après sa résurrection Jésus lui est apparu près du tombeau (Marc 16-9; Jean 20,1-18).

 

Même les Evangiles gnostiques pris pour argent comptant ne suggèrent pas qu’il était marié, et encore moins qu’il ait eu un enfant.

Il est intéressant de le comparer à un autre texte gnostique, La deuxième apocalypse de Jacques, qui décrit le Christ ressuscité confiant ses mystères secrets à Jacques en l’embrassant sur la bouche et en l’appelant «mon bien-aimé». C’est un acte symbolique non sexuel, cependant l’épisode comporte des ressemblances frappantes avec l’extrait de l’Évangile de Philippe considéré par le Da Vinci Code comme la preuve du mariage de Jésus et Marie-Madeleine. De plus, l’Évangile de Philippe a sans doute été écrit 250 ans après les évènements dont il est question, il n’a aucun lien avec la réalité historique et il est considéré par les spécialistes comme une allégorie des relations du Christ avec son église.

En effet, il est intéressant de noter qu’alors que le Da Vinci Code suggère que ces Évangiles sont antérieurs au Nouveau Testament, l’ ‘Évangile’ de Philippe cite des chapitres et des versets du Nouveau Testament (ex 1 Corinthiens 8,1; 1 Pierre 4,8; Matthieu 15,13). C’est assurément une preuve concluante que l’ ‘Évangile’ de Philippe a été écrit après le Nouveau Testament et non avant.

Il n’y a donc pas la moindre parcelle de preuve historique du mariage de Jésus et de Marie-Madeleine. L’hypothèse qu’ils aient eu une fille et que leurs descendants soient les rois de France est tout à fait imaginaire. C’est de la pure fiction.

 

 

V. Existe-t-il des preuves ‘d’une forme antérieure de Christianisme’ durant laquelle ‘personne ne croyait que Jésus était Dieu’ ?

 

Le Da Vinci Code suggère que personne ne croyait que Jésus était Dieu avant 325.

«Constantin a commandé et financé la rédaction d’un Nouveau Testament qui excluait tous les Évangiles évoquant les aspects humains de Jésus, et qui privilégiait – au besoin en les «adaptant» – ceux qui le faisaient paraître divin. Les premiers Évangiles furent déclarés contraires à la foi, rassemblés et brûlés. (…) Heureusement pour les historiens, certains de ces Évangiles interdits ont survécu. On a découvert en 1947 les manuscrits de la Mer Morte dans une grotte, à Qumran, en plein désert de Judée. Et on avait trouvé en 1945 les parchemins coptes d’Hag Hammadi. Tous ces textes racontent la véritable histoire du Graal, tout en relatant le ministère de Jésus sous un angle très humain. (…).18

 

Or, on observe précisément le contraire. Les Évangiles gnostiques ont tendance à être docétiques et à omettre les traits humains du Christ pour l’embellir et le rendre plus divin. Le Nouveau Testament affirme l’entière humanité de Jésus. Il avait un corps humain, il a été parfois fatigué (Jean 4,6) et a connu la faim (Matthieu 4,2). Il a eu des émotions humaines, il s’est mis en colère (Marc 11, 15-17), il a aimé (Marc 10,21) et il a été triste (Jean 11,35). Il a eu des expériences humaines: il a été soumis à la tentation (Marc 1,13), il a appris (Luc 2,52) il a travaillé (Marc 6,3) et il a obéi à ses parents (Luc 2,51).

Les auteurs du Nouveau Testament avaient une attitude très ferme avec ceux qui suggéraient que Jésus n’était pas entièrement humain (1 Jean 4, 1-3; 2 Jean 7, Colossiens 2,8).

 

Ainsi les faits contredisent totalement ceux exposés dans le Da Vinci Code. Le Nouveau Testament n’omet pas les Évangiles qui évoquent les traits humains du Christ, sinon les Évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean auraient été mis de côté. Ce sont justement les Évangiles gnostiques qui ont tendance à omettre son humanité. A l’inverse du Nouveau Testament les Évangiles gnostiques ont tendance à être docétiques et à ne pas parler du ministère du Christ en des termes très humains.

De plus, il est faux de déclarer qu’avant 325, personne ne croyait au caractère divin du Christ. Les analyses des familles textuelles des Évangiles orthodoxes et leur comparaison avec des extraits et des citations couplées à des corrélations historiques permettent de les dater du premier siècle, indiquant ainsi qu’elles sont de loin antérieures aux inventions gnostiques. Les Épîtres de Paul sont, bien évidemment, plus anciennes même que les Evangiles. Paul est un personnage historique et contemporain de Jésus et ses lettres datent de 48. Paul écrit, par exemple, «Un seul Seigneur, Jésus-Christ par qui tout a été créé» (1 Corinthiens 8,6) et «il est à l’image du Dieu invisible. Par lui toutes choses furent créées». (Colossiens 1,15-16).

Cependant, nous n’avons même pas besoin de nous tourner vers le Nouveau Testament pour prouver que les Chrétiens croyaient que Jésus était plus qu’un simple mortel longtemps avant l’époque de Constantin. En 112, le gouverneur romain Pline écrit que «les chrétiens avaient l’habitude de se retrouver régulièrement avant l’aube à date fixe pour chanter des versets à tour de rôle pour honorer le Christ comme Dieu.»19 Il est clair que les premiers chrétiens adoraient Jésus comme Dieu dès les tous premiers jours.

De plus, il y a aussi de nombreux Pères de l’Eglise qui parlent de la divinité du Christ. Par exemple:

- Ignace (env. 50 – env. 117) «Notre Dieu, Jésus-Christ» 20

- Justin Martyr (env. 100- env. 165) « Il était Dieu»21

- Meliton de Sarde (mort env. 190) «Etant Dieu et en même temps un homme parfait» 22

- Irénée (env. 130- env. 200) «Il est le Seigneur, le merveilleux, le conseiller … et le Dieu tout puissant» 23

- Clément d’Alexandrie (env. 150- env. 215) «Lui seul est à la fois Dieu et homme» 24

- Tertullien (env. 160 – env. 225) «Car le Christ est aussi Dieu» 25

Dans son ouvrage fondamental «les premières doctrines chrétiennes», le Docteur J.N.D Kelly écrit : «L’opinion universelle chrétienne dans les siècles précédents le concile de Nicée était que Jésus-Christ était divin aussi bien qu’humain. La confession de foi la plus ancienne était «Jésus est Seigneur» et sa signification a été développée et approfondie à l’époque apostolique. Les auteurs du Nouveau Testament considéraient généralement le Christ comme pré-existant, ils avaient tendance à Lui attribuer une double origine «selon la chair» c’est à dire comme homme et «selon l’Esprit» c’est à dire comme Dieu. Cette expression était tellement ancrée dans leur esprit que ‘c’est la fondation de tout le développement christologique qui suivit’.»26

Le Da Vinci Code échoue à produire le début du commencement d’une preuve tangible d’une forme ancienne de Christianisme où «personne ne croyait que Jésus est Dieu.» Les preuves historiques disent tout le contraire.

Dès les premiers jours, Jésus était perçu comme divin et adoré comme Dieu par les premiers chrétiens.

 

 

VI. Que s’est-il passé au Concile de Nicée et quel a été le rôle de Constantin ?

 

Le Da Vinci Code affirme que la proclamation de ‘Jésus’ comme ‘Fils de Dieu’ a été officiellement proposée et votée par le Concile de Nicée. C’est-à-dire que la divinité de Jésus fut le résultat d’un vote et, qui plus est, «d’un vote très serré.»27

Il est certainement faux de dire que Constantin a «donné un coup de pouce divin» au statut de Jésus pour qu’il soit considéré comme Dieu au concile de Nicée.28

Il est vrai que Constantin convoqua le Concile de Nicée en 325 après Jésus Christ. Cependant il est faux de dire qu’il a été païen toute sa vie et baptisé sur son lit de mort, trop faible pour protester tel que l’affirme le Da Vinci Code.29

La politique de Constantin était d’unir les chrétiens à l’Etat laïc. Il fit tout son possible pour concilier les païens et les Chrétiens. Il est difficile de savoir quand il se convertit. Il est vrai qu’il ne fut baptisé que peu de temps avant sa mort mais les reports de baptême étaient fréquents à cette époque.

Sa politique a été fortement chrétienne dès le commencement. Il a humanisé les lois relatives aux crimes et les lois sur l’endettement. Il a adouci la condition des esclaves et a accordé des aides pour l’éducation des enfants défavorisés. Il a découragé l’abandon des enfants non désirés. Il a dégagé les célibataires et les personnes non mariées de certaines taxes et a légiféré

contre la promiscuité. En 321, il a proclamé le dimanche jour férié.

Constantin convoqua le concile de Nicée en premier lieu pour mettre fin à la discorde provoquée par la controverse arienne. Arius enseignait que, bien que Jésus soit le Fils de Dieu, il était moins grand que le Père. Il était un Dieu de moindre importance (le plus proche équivalent pourrait être les Témoins de Jéhovah aujourd’hui).Le Concile de Nicée a été ouvert par Constantin qui en a ensuite transmis la présidence à d’autres. Son objectif principal était d’assurer l’unité plutôt que d’atteindre un verdict théologique prédéterminé.

Le Concile a probablement réuni entre 220 et 250 évêques.

Le credo arien a été rejeté. Ils ont écrit le credo de Nicée, avec 4 anathèmes anti-arien. Il a été accepté par tous sauf 2 évêques (plus de 99% ont été favorables). Ils ont déclaré que Jésus était le Fils de Dieu «engendré non pas créée de même nature que le Père» 30.

Il est totalement erroné de penser que «Jésus n’était jusqu’alors considéré que comme un prophète mortel… un homme exceptionnel en tous points, certes – mais mortel.»31. Jésus a été considéré comme le Fils de Dieu depuis le tout début. Le débat de Nicée ne portait pas sur le fait de savoir s’il était le Fils de Dieu ou un simple mortel mais sur le fait de savoir s’il était de la même substance que le Père ou un Dieu de nature inférieure. Le vote n’était pas un «vote à faible majorité»31 mais celui d’une majorité écrasante en faveur de la vraie Foi.

 

Il n’est pas vrai non plus de dire que «la Bible, telle que nous la connaissons aujourd’hui, a été collationnée par un païen, l’empereur Constantin le Grand»32. L’empereur Constantin n’avait rien à voir avec la mise en place du canon de l’Ecriture. Le canon était déjà largement fixé au 4e siècle. Il s’agissait d’ailleurs pour l’église de publier, en vue d’une plus grande clarté, ce qu’elle avait toujours considéré comme vrai, à quelques variations mineures près.

Le noyau des 4 Évangiles et des 13 lettre de Paul a été accepté vers 130 après Jésus Christ et a été mis sur un pied d’égalité avec l’Ancien Testament entre 170 et 220 après Jésus Christ. Le fragment Muratorien (env. 170 après JC) prouve que 61 des 66 livres de la Bible étaient déjà considérés comme des livres saints 100 ans avant la naissance de Constantin. L’accord sur la liste finale des livres et leur ordre a été le résultat d’un processus très progressif. Le critère qui prévalut en dernier recours fut le caractère apostolique des écrits. Si on ne pouvait montrer qu’un livre était écrit par un apôtre ou soutenu par l’autorité d’un apôtre, le livre était rejeté du canon. Par étapes progressives, les églises orientale et occidentale sont arrivées à une position commune face aux livres sacrés. Comme le remarque le professeur F.F. Bruce:

«Il faut bien souligner une chose. Les livres du Nouveau Testament n’ont pas pris valeur de loi pour l’Église parce qu’on les a officiellement placés parmi les textes canoniques; au contraire l’Église les a inclus dans le canon parce qu’elle les considérait déjà comme d’inspiration divine et reconnaissait leur valeur intrinsèque et leur autorité apostolique, directe et indirecte. Les premiers conciles ecclésiastiques en vue de classer les livres canoniques se sont tous deux tenus en Afrique du Nord (à Hippo Regius en 393 et à Carthage en 397) mais ce que ces conciles ont fait n’est pas d’imposer quelque chose de nouveau aux communautés chrétiennes mais de codifier ce qui était déjà la pratique générale de ces communautés.» 33

Les ‘Évangiles’ gnostiques n’ont jamais figuré parmi les livres que l’église primitive considérait comme devant faire partie des textes canoniques. Ils ont été écrits un siècle trop tard pour avoir eu comme auteurs les personnes qu’ils mentionnent (par exemple, Thomas, Philippe ou Marie Madeleine).

Même Marcius, chef spirituel des gnostiques au 2e siècle, n’a pas classé ces textes dans son propre canon, mais seulement les livres que l’on trouve dans notre Nouveau Testament actuel. C’est la preuve la plus convaincante que les prétendus ‘Évangiles’ gnostiques n’existaient pas à cette époque.

De plus, il est absurde de suggérer que Constantin a embelli les Evangiles que nous connaissons. Nous savons, grâce à la science de la critique textuelle qu’ils n’ont pas été modifiés. Certains parchemins datent d’avant 325 et nous avons des fragments de l’Évangile de Jean qui, selon des études paléographiques, datent d’environ 130. Ils sont visibles à la bibliothèque John Rylands de Manchester. Il reste d’importants fragments d’exemplaires en papyrus des livres du Nouveau Testament datant du 2e et 3e siècle à la bibliothèque des papyrus bibliques de Chester Beatty. Beaucoup de vieux manuscrits sont visibles dans les bibliothèques et les musées du monde entier. Ils peuvent être comparés aux milliers de manuscrits plus récents et il est alors absolument clair qu’ils n’ont pas été modifiés ou embellis par Constantin ou par quelqu’un d’autre.

 

Le Da Vinci Code ne produit donc pas la moindre preuve d’une forme plus ancienne de chrétienté que celle que nous trouvons dans notre Nouveau Testament.

Si le Da Vinci Code se présente seulement comme un roman, cela ne pose pas de problème. S’il prétend être fondé sur l’érudition, alors c’est fantaisiste, absurde et en fin de compte ridicule. C’est un nouveau mythe. C’est un mythe gnostique du 21e siècle.

 

 

VII. Où est la vérité ?

 

Le Nouveau Testament présente les faits relatifs à la personne du Christ plutôt qu’il ne tente de les expliquer. Les Evangiles, les Actes des Apôtres et les Epîtres montrent clairement que les premiers chrétiens étaient convaincus que Jésus était à la fois pleinement humain et pleinement Dieu. La tâche de l’Eglise était d’approfondir et d’exprimer en des termes précis la vérité théologique impliquée par ces faits.

L’apôtre Paul et les premiers auteurs chrétiens voulaient davantage insister sur la réalité de la divinité et de l’humanité du Christ que tenter de les relier. Ce n’est que lorsque des déviations de la vérité sont apparues, tel le point de vue gnostique (qu’il n’y a pas d’humanité réelle du Christ) que les apologistes du 2e siècle ont commencé à travailler sur les implications de l’incarnation.

Les premières controverses furent finalement réglées au Concile de Chalcedoine en 451 par les formules: «un seul et même fils … la même perfection dans la divinité et la même perfection dans l’humanité, vrai Dieu et vrai homme … comme nous en toutes choses excepté le péché.»34 Cela a été accepté comme la définition classique de la foi chrétienne.

La vérité c’est que Jésus est vraiment mort pour nos péchés et que le pardon est possible. Il est ressuscité des morts et la mort a été vaincue. Ces faits ont transformé la vie des premiers chrétiens. C’est un message pour lequel beaucoup d’apôtres et des milliers d’autres étaient prêts et sont encore prêts à souffrir, à être torturés et à mourir. C’est un message qui a transformé le monde ancien et continue de transformer notre monde aujourd’hui.

La vérité sur Jésus est plus merveilleuse et plus passionnante que tous les mythes. Les mythes n’ont pas le pouvoir de changer les vies. Seul le message du vrai christianisme a le pouvoir de libérer de l’héroïne, de l’excès d’alcool, de réunir mari et femme, parents et enfants, et de changer les communautés. Les mythes sont mortellement ennuyeux comparés au christianisme. (…)

 

 

Notes

 

1. Le Daily Telegraph, 3 octobre 2004.

2. Le New York Times, 17 mars 2003.

3. Mark Greene, Cracking the Code, Londres, Intitute for Contemporary Christianity, available at http://www.licc.org.uk/articles/article.php/id/130.

4. Carl Olson et Sandra Meisel, The Da Vinci Hoax – Exposing the errors in the Da Vinci Code (Ignatius Press, 2004), p 296.

5. Cardinal Georges, préface de The Da Vinci Hoax – Exposing the errors in the Da Vinci Code (Ignatius Press, 2004), p 11.

6. The Times, octobre 2004.

7. Dan Brown, Da Vinci Code, Lattès mai 2004, p 294.

8. Da Vinci Code, Lattès, p. 322.

9. Da Vinci Code, Lattès, p. 9.

10. du site officiel de Dan Brown: www.danbrown.com/novels/davinci_code/faqs.html.

11. Da Vinci Code, Lattès, p. 308.

12. Da Vinci Code, Lattès, p. 293.

13. Da Vinci Code, Lattès, p. 320.

14. James M. Robinson (ed.), The Nag Hammadi Library (Harper San Francisco, 1977, 1990), p 138.

15. Da Vinci Code, Lattès, p. 308.

16. Da Vinci Code, Lattès, p. 310.

17. Da Vinci Code, Lattès, p. 310.

18. Da Vinci Code, Lattès, p. 293.

19. Pline, LettresI, Livre X, 96 c.112

20. Ignace d’Antioche, Lettre aux Ephésiens, chapitre 15.

21. Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon, Chapitre 126.

22. Meliton de Sarde, fragment dans Le Guide d’Anastase du Sinaï.

23. Irénée, Contre les hérésies, livre 3, chapitre 29 :1,2.

24. Clément d’Alexandrie, Exhortation aux grecs, 1:7:1.

25. Tertullien, L’âme, 41:3.

26. J.N.D. Kelly, Early Christian Doctrines (Adam and Charles Black, 1980), p. 138.

27. Da Vinci Code, Lattès, p. 291.

28. Da Vinci Code, Lattès, p. 292.

29. Da Vinci Code, Lattès, p. 289.

30. Credo de Nicée Constantinople.

31. Da Vinci Code, Lattès, p. 291.

32. Da Vinci Code, Lattès, p. 289.

33. F.F. Bruce, The New Testament Docuemnts – Are they reliable? (Intervarsity Press 1981), p.22.

34. Concile de Chalcédoine.

(…)

 

 

Nicky Gumbel

 

 

   

 

B- UNE APPROCHE THEOLOGIQUE ET PHILOSOPHIQUE

 

 

L' historicité du christianisme et le Da Vinci Code

Paul Wells

 

 

La foi chrétienne est fondée sur des faits historiques. Privée des grands événements de 1 'histoire révélée du salut, elle perdrait de sa substance. Ses confessions regorgent d'allusions à des faits historiques importants: le Christ « a été crucifié sous Ponce-Pilate », il est ressuscité « au troisième jour »...

 

Au cours du siècle dernier, des penseurs se sont interrogés pour savoir si oui ou non les événements bibliques avaient réellement eu lieu. Leurs doutes et leurs réfutations étaient formulés dans la perspective de l' humanisme athée et agnostique.

Actuellement, l' individualisme postmoderne nous offre un changement radical en ce qui concerne la question de l' histoire. La plausibilité de la tradition chrétienne n'est plus l' objet d' attaques frontales, les offensives viennent désormais des adeptes d'un « christianisme alternatif » ou de ceux du Nouvel Age. Ce qui intéresse dans une religion n' est pas de savoir si les faits historiques sont exacts ou non, mais si elle présente une histoire attrayante pour nos contemporains, lesquels ne peuvent plus se résoudre à accepter un salut exclusif, un Dieu tout-puissant, un Sauveur qui soit à la fois masculin, divin et humain.

Derrière cette façon d' aborder les choses se trouve le présupposé que les textes du Nouveau Testament sont d' origine secondaire ; ils seraient des récits tardifs, peu fiables, pour dire ce qui s' est réellement passé. Le vrai Jésus se dévoilerait plutôt dans des écrits tels que L 'Evangile de Thomas, écrits qui, pour certains, auraient une origine primitive. La littérature gnostique doit se voir accorder droit de cité au même titre que les Evangiles de nos Bibles.

Ce point de vue est sous tendu par la suggestion - dont se délectent nos contemporains - que l' Eglise officielle aurait usé de son pouvoir pour étouffer la vérité, vérité mise au jour par des recherches scientifiques récentes, à la fin du XX° siècle. Comme cela tombe bien !

 

Des Best-sellers contestables

Selon les dires de l' un des personnages de Dan Brown, dans Da Vinci Code (Lattès) : « De nombreux chercheurs prétendent que l' Eglise primitive a littéralement volé Jésus à ses premiers disciples, détournant son message humain, le recouvrant d' un manteau impénétrable de divinité, pour le remodeler à leur propre fin ».

Qu' y-a-t-il en jeu ici ? Il ne s'agit plus d'un simple débat entre théologiens, mais d' idées transmises par la littérature populaire. Da Vinci Code s' est vendu à plus de 10 millions d' exemplaires, en anglais, avant de devenir un best-seller en traduction française (et un film de Hollywood), sans pour autant être un livre inédit ou bien écrit. Il s' inspire, en grande partie, du livre de Michaël Baigent, La Bible confisquée (voir aussi, du même auteur L’ énigme sacrée), ouvrage qui prétend être le fruit de dix années de recherches révolutionnaires. Da Vinci Code énonce des idées déjà avancées dans des romans en anglais de Lewis Perdue (La fille de Dieu) et de Margaret Starbird (Marie-Madeleine et le Graal) ou d ' Umberto Ecco (Le pendule de Foucault).

Ces gros tirages, et d' autres encore, puisent dans un fonds commun d' ésotérisme, dont la substance peut être résumée de la façon suivante :

. Le Jésus des Evangiles serait un faux inventé de toutes pièces par l'Eglise primitive et imposé aux

fidèles de manière à cacher la vérité concernant Jésus.

. Le christianisme a éliminé le féminin en Dieu et il conviendrait de retrouver la notion de déesse

pour qu' une nouvelle ère de spiritualité puisse être inaugurée.

. Jésus aurait été un homme ordinaire, il aurait épousé Marie-Madeleine et sa descendance pourrait encore exister de nos jours.

. Le Saint Graal ne serait pas la coupe de la Cène, mais l' incarnation du féminin sacré (qui aurait porté un enfant de Jésus).

. Ces secrets auraient été gardés au cours des siècles par les sociétés secrètes ayant des liens entre elles, telles que les Templiers, les Francs-Maçons, et un groupe occulte appelé le Prieuré de Sion, qui prétendraient être la descendance de la lignée de Jésus.

. Le temps viendra où un nouveau prêtre roi se révèlera, 1' « anti-christ » ; il s' opposera au Christ masculin inventé par l'Eglise et produira un nouvel ordre mondial.

 

Brown prétend que ces idées sont présentes dans les tableaux de Léonard de Vinci, membre de ce groupe occulte, de même que d' autres illustres personnages tels que Galilée, Isaac Newton, Victor Hugo et Jean Cocteau. Selon lui, c'est Marie-Madeleine qui serait assise à la droite de Jésus sur le tableau de Vinci, la Cène.

Le livre de Brown est truffé d'erreurs : dans son interprétation de l'Ecriture, dans son interprétation du symbolisme religieux ; quant à la lecture qu' il fait de l'histoire de l' art, elle n' amuse plus qu'elle n' inquiète les spécialistes. Le vrai problème est que sa thèse semble tout à fait plausible à ceux qui ne connaissent ni les Ecritures ni l' histoire. Les lecteurs ignorants du message chrétien qui lisent ces ouvrages populistes risquent fort d' être pris au piège et de s' imaginer qu' ils ont découvert la vérité vraie au sujet de Jésus et que les Evangiles sont truffés de mensonges. Car, comme Brown le dit lui-même : « Nous avons tous le goût de la conspiration ».

 

La thèse de Brown

Le personnage principal du roman Da Vinci Code estime que « toute foi dans le monde entier, est basée sur une construction de l' esprit. La définition même de la foi est que nous acceptons comme vrai ce que nous supposons être vrai, ce dont nous ne pouvons pas prouver la véracité. Chaque religion décrit Dieu au moyen de métaphores, d' allégories et d' exagérations pour permettre à nos intelligences de les comprendre. Il y a un problème dès que nous mettons à croire littéralement à nos métaphores… Ceux qui comprennent vraiment leur foi discernent qu' il ne s' agit que de métaphores. L' allégorie religieuse fait partie de la réalité. »

Ainsi Brown crée un cercle vicieux ; d' une part, il propose une version de l' histoire qu' il veut faire passer pour vraie, et d' autre part, il soutient que toute religion est basée sur une construction de l' esprit. Ceux qui voudraient prendre au pied de la lettre l' histoire de Brown et la recevoir comme une révélation ésotérique des mensonges avancés par l' Evangile chrétien - l' Eglise ayant manipulé et déformé les faits depuis deux mille ans - n' ont, en définitive, qu' une construction de l'esprit comme fondement de leur foi.

Autrement dit, en cherchant à se servir de la modernité pour démolir des faits réels qui fondent la vérité chrétienne et, ensuite, de la post modernité pour construire une nouvelle spiritualité, on finira par s' apercevoir qu' elles se neutralisent l' une l' autre. Ceux qui prennent l' épée meurent par l'épée.

 

 

Paul Wells, professeur de théologie systématique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C- UNE APPROCHE ARTISTIQUE

 

 

La Cène de Léonard de Vinci, 1497.

par le théologien protestant Jérôme Cottin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  


Léonard de Vinci réalisa sa peinture murale entre 1495 et 1497 pour le réfectoire du couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie à Milan. Ce chef- d’œuvre de la Renaissance italienne fut copié presque depuis ses origines , tant sa qualité esthétique, son pouvoir symbolique, sa densité existentielle et religieuse furent appréciés. L’art contemporain et post-moderne continuent à s’inspirer de cette œuvre, mais en la détournant en la parodiant. La publicité popularise ensuite ce phénomène, s’inspirant souvent des œuvres d’art du passé .

La Cène est à la fois une œuvre de continuité et de rupture. Continuité avec les récits bibliques du dernier repas de Jésus avec ses disciples et de l’annonce de la trahison de Judas, que cette peinture interprète à la fois fidèlement et personnellement . Continuité avec les peintures antérieures de ce récit, en particulier avec les quelques tableaux qui ont précédé son travail, et que Léonard avait vus à Florence ou Rome . Continuité avec les canons esthétiques de la Renaissance (l’importance de la perspective). Mais cette peinture recèle tout autant d’innovations qui font d’elle une œuvre de rupture. J’en indique quelques unes : - la perspective faussement exacte, et qui se situe en opposition avec celle d’Alberti ; - le traitement particulier des personnages et leur insertion dans le cadre architectural ; - le déplacement des principaux apôtres (Pierre, Jean, Judas) par rapport à la tradition iconographique ; - l’individualisation de tous autres apôtres, comme autant d’acteurs ; - la théâtralisation et la psychologisation de la scène. On peut en conséquence faire des lectures très différentes, voire opposées, de cette œuvre. Elle symbolisera pour certains la mémoire historique d’un événement fondateur et sa continuité dans le geste liturgique. Pour d’autres au contraire, la Cène est l’expression de l’émancipation de l’art de la gangue religieuse qui le tenait enfermé depuis tant de siècles La Cène de Vinci est-elle une grande œuvre religieuse ayant intégré une esthétique moderniste ? Ou au contraire une œuvre qui, malgré son sujet religieux ne l’est déjà plus, tellement les préoccupations esthétiques l’emportent sur les affirmations dogmatiques ? Ces deux lectures, l’une spirituelle, l’autre profane, sont possibles. Une étude plus approfondie de l’œuvre du Maître toscan montrerait donc que cette peinture murale fut, dès ses origines, l’objet d’une double lecture : profane et religieuse, culturelle, et spirituelle. Une lecture non confessionnelle de cette œuvre n’est donc pas simplement due à la sécularisation. Elle fut aussi le fait de l’artiste et du commanditaire, le duc de Milan, Ludovic le More. Mais le message religieux ne fut pas évacué pour autant. Le génie de Léonard fut de faire à la fois une grande œuvre spirituelle, proposant une synthèse des différents récits bibliques sur le dernier repas de Jésus avec ses disciples , et une grande œuvre culturelle, en imaginant, à la fin du Quattrocento, une alternative personnelle et originale aux théories d’Alberti sur la perspective.

 

Jérôme Cottin

 

 

 

L’ article suivant est tiré du magazine Pèlerin, cité sur « DaVinci-Codex.com »

 

La dernière Cène : un code secret ?

 

Léonard de Vinci s’est inspiré de l’Evangile pour représenter ses personnages et leurs émotions, et il s’agit ici de l’instant où Jésus révèle que l’un de ses disciples va le trahir. Il est absurde d’imaginer que les Dominicains aient accepté de laisser peindre cette "(s)cène" sans Jean, le disciple que Jésus aimait. L’apparence efféminée correspond aux critères picturaux en vigueur pour la représentation d’un jeune homme

 

Une fresque inspirée et (re)-travaillée

 

Cette peinture murale, peinte en trois ans, fut commandée par Ludovic le More, Duc de Milan, pour le réfectoire du couvent Santa Maria delle Grazie. Il est absurde d’imaginer que ce soit dans ce lieu coupé du monde, et donc du regard du grand public, que Léonard ait voulu y dévoiler un secret. D’autant plus que le travail fut contrôlé par les Dominicains de Milan, alors responsables du cryptage et décryptage du courrier diplomatique du Vatican...

Elle représente l’instant où Jésus révèle aux apôtres réunis autour de la table que l’un d’entre eux s’apprête à le trahir (Evangile de Jean 13, 21-25) et absolument pas l’Institution de l’Eucharistie. Léonard de Vinci s’est exclusivement inspiré de cet Evangile pour représenter ses personnages et leurs émotions.

Elle fut peinte sur un mur de plâtre selon un procédé novateur à l’époque, la détrempe. Mais très vite la peinture se détériore, et la fresque va connaître neuf restaurations, chacune d’elles étant marquée par des ajouts de peinture à l’huile. Ce n’est qu’à la dernière restauration (1993) que l’on réussit à rendre à la fresque une approche fidèle de la peinture originale, mais limitée à des fragments qui nous permettent à présent d’imaginer ce qu’était l’œuvre originale ; certaines zones ne sont plus lisibles sur l’original, alors que l’on trouve de nombreuses reproductions faites au cours des siècles. Toutes les interprétations sont alors possibles...

 

La représentation de Saint-Jean ou de Marie-Madeleine ?

 

Pour Léonard, chaque personnage doit être peint en fonction de son âge et de son statut social, avec les caractéristiques qui leur correspondent, suivant les règles et les codes de l’art de l’époque. Ainsi Saint Jean est-il représenté de manière jeune et attirante, sous les traits d’un adolescent efféminé, comme souvent dans la Renaissance italienne qui s’inspire de l’Antiquité. De plus Léonard avait naturellement tendance à représenter l’archétype de la beauté masculine de façon efféminée.

Chaque tableau de De Vinci était le fruit d’une longue maturation, pour rendre à la perfection l’expression des sentiments et l’intention des âmes.

La Cène représente le moment où tout bascule à l’annonce de la trahison. Une onde de choc se transmet parmi les apôtres, reliés par un jeu de mains et réunis en groupes de trois autour du Christ. Les spécialistes s’accordent sur le fait que l’artiste a commencé sa peinture par le trio majeur figurant Judas, Pierre et... Jean.

Le thème du tableau étant très clair, aucune hésitation n’est possible et si Léonard avait voulu faire apparaître Marie-Madeleine, il n’aurait pas eu besoin de la cacher car elle faisait partie des personnages très souvent représentés, notamment dans toutes les scènes de crucifixion.

 

 

Source : Pèlerin, Rendons à Léonard de Vinci..., p. 58, n° 6441, 11 mai 2006

 

 

 

 

 

D- JESUS ET MARIE-MADELEINE

 

 

Qu’y avait-il entre Jésus et Marie-Madeleine ?

Par la pasteur Dominique Hernandez

 

Disciple ou compagne ? Amante ou servante ? L’actualité cinématographique et littéraire récente a présenté des portraits de Marie-Madeleine bien plus précis et détaillés que ceux des textes bibliques, nourrissant un attrait qui ne se satisfait pas des rares données évangéliques.
Au petit nombre d’éléments bibliques disponibles, s’ajoute un certain flou quant à l’identité et au rôle de cette femme dont la fascination sur l’imaginaire ne faiblit pas au cours des siècles.

 

Quelle Marie ?

Les textes évangéliques témoignent de la présence autour de Jésus de plusieurs femmes nommées Marie. Outre Marie de Magdala (ville située au bord du lac de Gennésareth et dont le nom est francisé en « Madeleine ») et Marie la mère de Jésus, il est question dans les évangiles synoptiques d’une Marie qui est mère de Jacques et de Joseph. Luc présente Marie sœur de Marthe, sans préciser, comme le fait l’évangile de Jean, qu’elles sont du village de Béthanie et qu’elles ont un frère appelé Lazare. L’évangile de Jean cite également une autre Marie, femme de Cléopas.

Si dans le quatrième évangile, Marie de Béthanie oint de parfum les pieds de Jésus, l’évangile de Luc attribue l’onction à une femme pécheresse que rien ne permet d’identifier à Marie de Magdala, laquelle n’apparaît dans le récit qu’au chapitre suivant. Or un glissement s’est produit entre ces trois femmes jusqu’à les confondre, vers la fin du VI° siècle, pour faire de Marie de Magdala une Marie-Madeleine archétype de la femme pécheresse et repentie.

 

Un portrait à peine esquissé

Luc s’accorde avec Marc pour désigner Marie de Magdala comme ayant été possédée par sept démons et guérie par Jésus ; il la nomme en premier parmi les femmes qui accompagnent et assistent Jésus (Luc 8,2). Il est ainsi le seul à la mentionner avant les récits de la crucifixion. Mais les témoignages évangéliques sont unanimes pour affirmer la présence de Marie de Magdala et d’autres femmes lors de la mort de Jésus (Matthieu, 27,56 ; Marc 15,40 ; Luc 23,49 ; Jean 19,25).
Tous les évangélistes s’accordent également pour reconnaître que Marie de Magdala s’est rendu au tombeau, seule ou avec d’autres femmes, et a reçu la première l’annonce de la résurrection. Une brève note de l’évangile de Marc (Marc 16,9), mais surtout le beau récit de l’évangile de Jean (Jean 20,1-18) reconnaissent que c’est à elle qu’apparaît d’abord le Ressuscité et que c’est elle qui a annoncé la résurrection aux douze disciples incrédules.

 

Un portrait gommé ou accentué…

Rivalité masculine ? Question de prééminence dans l’Eglise primitive qui n’était pas toute unie ? Les témoignages bibliques sont rares sur cette femme pourtant proche de Jésus et fortement associée à l’événement pascal. Il faut de plus relever que l’apôtre Paul ne la mentionne pas dans la liste de ceux qui ont vu le Ressuscité (1 Corinthiens 15,5-8).
Avant d’être utilisée, manipulée, maquillée à des fins plus ou moins ésotériques ou commerciales, la figure de Marie de Magdala a été reprise très tôt dans des textes divers, évangiles apocryphes ou autres traités, figure forte et vertueuse, en grande communion avec le Christ, et en butte à l’hostilité des disciples, particulièrement de Pierre.

Si les autres femmes sont identifiées par le nom de leur époux ou de leur fils, Marie de Magdala l’est par le nom d’un lieu. Elle n’est pas liée à un homme. Elle est si libre de contrainte que cette liberté déborde sur le lecteur : l’attachement de Marie à Jésus peut alors être investi, outre la foi, de tous les sentiments humains. Mais l’esquisse n’est complétée que de ce qui est déjà présent en celui ou celle qui prend le pinceau. Alors sur le portrait à peine ébauché, l’imagination se charge d’accentuer des traits de femme ou d’apôtre, d’appliquer des couleurs de scandale ou de vertu, de porter des ombres de khôl ou de contrition.

Cependant, quel que soit le destin qu’on lui attribue, une chose traverse les textes, le temps, les esprits, et demeure : la fidélité de Marie à celui qui était devenu un jour son Maître (Jean 20,16).

 

Pasteur Dominique Hernandez

 

 

 

Jésus était-il marié à Marie-Madeleine ?

Cet article du Père Joseph-Marie Verlinde est cité dans « davinci-codex.com »

 

Pour Dan Brown, Jésus et Marie-Madeleine auraient été mariés. Il se fonde pour cela sur les évangiles gnostiques, des textes incomplets, sujets à toutes les interprétations, et qui, dans leur contexte culturel, laissent entendre que si union il y eut, elle ne fut que mystique.

 

Ce que dit le Da Vinci Code :

« « Et le Sauveur avait pour compagne Marie-Madeleine. Elle était la préférée du Christ qui  l’embrassait souvent sur la bouche. » [...]

-on n’y parle pas de mariage, dit Sophie.

-Au contraire [...] en araméeen, le mot compagne signifiait épouse. » »

chapitre 58, page 308

 

L’évangile de Philippe : la preuve ?

Dans le texte original de l’évangile apocryphe de Philippe, les preuves de cette relation sont plus que minces. Des mots manquent, de sorte qu’il est difficile d’affirmer qu’il y eut relation charnelle :
"Et le compagnon des [...] Marie de Magdala. [...] elle plus que [...] les disciples [...] l’embrasse [...] sur sa [...]."

Dan Brown pourtant complète le texte de façon à lui faire dire : "Et le Sauveur avait pour compagne Marie Madeleine. Elle était la préférée du Christ, qui l’embrassait souvent sur la bouche." (chapitre 58). Dan Brown d’ajouter : "Comme le confirmeront tous les spécialistes, en araméen, le mot ’compagne’ signifiait ’épouse’." (chapitre 58).

Or, le texte en question n’est pas écrit en araméen, mais en copte... et rédigé bien après les évangiles canoniques et les évènements en question, dans une société gnostique. Pour les gnostiques, chez qui la sexualité est méprisée, les relations homme-femme se comprennent en terme de "compagnonnage" pour la préparation du salut . Le sens du mot "compagne" est ici celui de "collaboratrice".

 

Jésus célibataire ?

Dan Brown affirme que "un Jésus marié est beaucoup plus vraisemblable qu’un Jésus célibataire [...] parce qu’il était juif et que la société juive de son époque proscrivait, dans les faits, le célibat" (chapitre 58). Mais il oublie une tradition attestée par la Bible, telle la vie du prophète Jérémie si entièrement consacrée à Dieu qu’il ne s’est pas marié. Jean-Baptiste non plus. Dans le contexte de l’époque, ce choix, quoique rare, était possible.

 

Le baiser de Jésus ?

C’est sur le baiser supposé de Jésus à Marie Madeleine que l’auteur bâtit la thèse de leur relation charnelle.

Le baiser de Jésus à Marie Madeleine dans l’évangile selon Philippe constitue-t-il une preuve qu’ils étaient mariés ? Certainement pas ! Nous avons affaire là à un texte apocryphe et gnostique. Or, savez-vous que pour les gnostiques, le mariage était un péché ? Ils avaient une horreur absolue du corps, alors ce baiser ne peut être que de l’ordre de l’initiation, du compagnonnage. En d’autres termes, le Da Vinci Code s’appuie sur des textes gnostiques qui exècrent la chair et les relations charnelles pour accuser Jésus d’avoir des relations hiérogamiques (union sacrée) avec Marie Madeleine. Tous les gnostiques de la terre se retournent dans leurs tombes !

 

Père Joseph-Marie Verlinde

 

 

Remarque personnelle :

Les écrits gnostiques ne sont pas antérieurs au II° siècle de notre ère. Leur valeur, sur un plan historique, se limite à nous décrire les croyances et les usages des courants gnostiques de cette époque. A ce propos, les nombreuses images symboliques de "baisers" et "d’étreintes" contenues dans l’évangile de Philippe signifient, vu le contexte gnostique de ce texte, la transmission du souffle à l’initié, et expriment la relation mystique entre l’âme et Dieu, non un mariage humain. Le salut, dans le gnosticisme est une affaire de connaissance (gnôsis en grec) suite à une initiation. Rajoutons que cela peut également se vérifier dans l’ écrit apocryphe de la deuxième apocalypse de Jacques, où il n’ est pas question de Marie mais de Jacques qui recevrait, au travers du baiser sur la bouche, le « souffle de l’ initié »).

 

              

 

 

E- Conclusions personnelles

 

 

- Finalement, le Da Vinci Code permet aux croyants comme aux non-croyants de se poser quelques bonnes questions, voire de faire un bilan personnel sur leur foi chrétienne… Merci Dan Brown !

Au lieu de faire appel à de « bonnes vieilles méthodes » du style boycott du livre ou du film, les chrétiens doivent se saisir de l’ occasion pour prendre leur place dans le débat sur le sujet et affirmer les fondements sur lesquels reposent leur foi ! (encore faut-il les connaître !)

 

- Pour le protestant que je suis, il n’ y a rien de moralement choquant à l’ idée que Jésus ait pu se marier à Marie Madeleine ou à qui que ce soit. Toutefois, même si cela était moralement possible, c’ est historiquement erroné. Qu’ est-ce qui me fait dire cela ?

1) Le fait que le Nouveau Testament n’ en parle pas. Si cela avait été le cas, il n’ y avait aucune raison pour que ses auteurs le cachent. L’ apôtre Pierre était bien marié et cela nous est rapporté.

2) Les prétendues preuves des écrits gnostiques ne tiennent pas face à un examen exhaustif et honnête, comme le souligne fort bien Nicky Gumbel,.

3) Enfin, et surtout, Jésus savait qu’ il était venu, envoyé par son Père, pour une mission précise : mourir à trente trois ans sur une croix afin de porter et expier nos péchés et ressusciter le troisième jour. La seule descendance qu’ il était appelé à laisser sur terre est spirituelle, il s’ agit de l’ Eglise (cf. Isaïe 53,10-12). Il a annoncé ses souffrances et sa résurrection à ses disciples bien avant sa Passion mais ceux-ci ne l’ ont compris qu’ après coup. Non, assurément, Jésus n’ était pas venu pour se marier et la seule femme qui a été « transpercée » de souffrance (pour reprendre une expression biblique) par la mort du Christ est sa propre mère, Marie (Luc 2,35).

 

- Il n’ y a eu aucun complot de la part de l’ Eglise (ou des Eglises)concernant les textes relatifs à Jésus, à d’ autres personnages des Evangiles ou aux manuscrits de la Bible

Il est vrai que la nature humaine - et l’ actualité nous le démontre tristement - est friande de spéculations, d’ histoires de présumés scandales, surtout si la grande accusée est l’ Eglise ! Mais aller « remuer », dans la mémoire collective, le souvenir de certaines erreurs avérées de l’ Eglise catholique au cours des siècles (par ex. l’ amalgame « pouvoir spirituel-pouvoir temporel », l’ inquisition, les conversions forcées…) et souvent déjà reconnues par elle, pour avancer ces théories de complot et de soi-disant « secrets compromettants bien gardés » relève d’ une démarche malhonnête, subjective et surtout non scientifique… Eh oui, c’ est un protestant qui le dit !

 

- Il est beaucoup question en ce moment de la découverte de « l’ Evangile de Judas ». Cet écrit est reconnu être du II° siècle et attribué clairement à la littérature gnostique. Il démontre en tout cas à quel point ce courant ésotérique avait le corps et la chair en horreur… au point de faire l’ apologie de la trahison ! De la même manière, rechercher la « descendance sacrée » de Jésus et Marie-Madeleine (qui serait, selon le Da Vinci Code, à l’ origine de la lignée des mérovingiens, de l’ ordre du Prieuré de Sion et de quelques personnalités connues du public), revient à croire en l’ existence d’ une « race » qui serait « plus pure » et « supérieure » aux autres humains… Il est aisé de saisir l’ idéologie pernicieuse qui se cache derrière cette idée…

 

- Je n’ est pas lu tout le livre de Dan Brown et je m’ en excuse humblement (par gain de temps, j’ irai probablement voir le film). J’ ai en revanche eu l’ occasion d’ étudier et de lire à maintes reprises sur les questions relatives à la patristique, au gnosticisme, au Nouvel-Age, à la critique textuelle... Et il n’ y a rien de nouveau sous le soleil ! Ce que je lis des thèses de Dan Brown (notamment sur Jésus ou sur les écrits) a déjà été « servi » sous différentes formes au cours de ces dernières décennies ; preuve en est le procès pour « plagia » intenté à Dan Brown.

L’ opportunisme de ce dernier et son succès sont à associer à la situation philosophique et surtout spirituelle de nos vieilles civilisations occidentales. Le modernisme athée et humaniste du siècle dernier a laissé les hommes vides et déçus. Nous assistons, selon la célèbre phrase de Malraux (« le XXI° siècle sera spirituel ou ne sera pas »), à un retour du sentiment religieux. Mais celui-ci est caractérisé par une nouvelle forme d’ humanisme marquée par le relativisme (la négation, par peur d’ intolérance, de toute forme d’ absolu, surtout en matière de religion. Négation qui, soit dit en passant, peut aussi prendre une forme d’ absolutisme !). Cette ère nouvelle, qualifiée par les penseurs de « post-moderne », ne satisfait pas plus l’ âme humaine, en quête d’ absolu dans le sens le plus honorable du terme (d’ où, parallèlement, la montée des fondamentalismes de tous ordres). Aussi, et là je nous renvoie à la conclusion de l’ article de Paul Wells sur la contradiction d’ une telle démarche, faut-il servir à l’ homme désabusé quelque « spiritualité de remplacement », où l’ humain est au centre du système, sur fond de complot des Eglises officielles…

Les successeurs de Dan Brown ont encore de beaux jours devant eux !

 

- Il me semble que dans tout cela, l’ enjeu est christologique : qui est Jésus finalement ? Est-il véritablement de nature divine comme les textes et le Christianisme l’ affirment ? Cette question est fondamentale et de notre réponse dépend tout notre rapport au Christ et à la foi chrétienne…

Si nous lui dénions cette divinité, alors Jésus n’ était qu’ un « type bien », un fondateur de religion comme tant d’ autres qui a simplement eu du génie au bon moment. Pire, toute l’ histoire biblique du salut s’ effondre car même si un sacrifice a eu lieu, il n’ a aucune portée, aucune conséquence pour le salut des hommes. Quant à la résurrection, elle est à mettre sur le compte d’ une jolie fable et l’ homme n’ a plus rien à attendre ni pour l’ au-delà, ni pour le présent… Et alors là, oui ! nous sommes les victimes du plus gros complot de l’ Histoire.

Si par contre, à la suite des Ecritures, nous croyons profondément à la divinité de Jésus, autant qu’ à son humanité d’ ailleurs ; si nous recevons par la foi le message de sa mort sur la croix pour nous et de sa résurrection, annonciatrice de toutes les résurrections à venir ; si nous sommes un tant soit peu attentifs à l’ aspiration la plus profonde et la plus légitime de notre être intérieur quant à sa soif d’ espérance et d’ éternité, alors nous serons littéralement habités de Dieu et porteurs de sens pour nos contemporains…

 

- Je dirai enfin que le roman de Dan Brown est à prendre pour ce qu’ il est : certainement un très bon livre dans son genre, un « thriller-fiction » ; son intrigue est probablement passionnante et bien montée… mais il n’ est en aucun cas un roman historique. Il est à ce sujet truffé d’ erreurs comme nous avons déjà eu l’ occasion de le démontrer. Il est donc dommage que, pour des motifs inavoués mais évidents, l’ auteur maintienne volontairement dans la confusion, nombre de lecteurs ignorants des arguments simples développés ici…

 

 

 

Le pasteur Serge Martorana.






                    
 
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