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  Le pasteur


         

PREDICATION DU PASTEUR SERGE MARTORANA,

LE DIMANCHE 6 NOVEMBRE 2005

AU TEMPLE DE MONTRAVEL,

 

A L’OCCASION DE LA FETE DE LA REFORMATION  

 

INTRODUCTION :

 

Merci de me laisser la parole ce matin. C’est bien entendu avec beaucoup d’humilité que je la prends devant vous (…) tous, bien-aimés en Jésus de la paroisse de Montravel.

 

J’aimerais revenir sur cette fête de la Réformation célébrée aujourd’hui. Bien entendu, savez-vous aussi bien que moi-même pourquoi nous commémorons chaque année le 31 octobre la Réformation (…) mais, notamment pour nos jeunes, peut-être est-il bon de rappeler les évènements qui y ont conduits. Nous en tirerons aussi des conclusions pour nous tous, croyants et Eglise du XXI° siècle !

 

C’est le 31 Octobre 1517 que Martin Luther, moine augustin, affiche ses 95 thèses (95 affirmations afin de susciter une discussion théologique) sur les portes de son Eglise, à Wittenberg, en Allemagne, après avoir entendu le moine Tetzel, envoyé par l’évêque de Mayence, prêcher très grossièrement les indulgences papales, dans le but de financer la construction de la Basilique St-Pierre de Rome.

 

Il serait bien sûr erroné de limiter le point de départ de la Réforme et du protestantisme au seul fait des indulgences.

Cette question des indulgences n’est qu’un élément, un « maillon d’ une longue chaîne », mais qui va devenir une sorte de détonateur ; un élément qui va précipiter l’ affichage des thèses de Luther et qui va alors devenir le coup d’ envoi « officiel » de la Réforme.

 

 

I- Auparavant, citons trois autres éléments, externes, ayant trait au contexte culturel, religieux et politique, pouvant expliquer l’avènement du protestantisme.

 

A/ Citons le contexte culturel de l’époque et notamment, l’avènement de la Renaissance (fin XIV°s, XV°s, XVI°s) :

Les érudits, les professeurs de l’époque reviennent aux textes anciens dans leurs langues originales. Ils ont aussi accès à la lecture de la Bible dans ses langues d’origine : hébreu, araméen pour l’ AT et grec pour le NT. Ils comparent avec la seule version en cours, la Vulgate, en latin….

Les idées circulent beaucoup plus vite grâce à l’invention de l’imprimerie en 1450…

Le savoir se répand et n’est plus réservé à une seule élite composée notamment des nobles et des hauts-ecclésiastiques ; on tend donc à se défaire peu à peu de l’ emprise de ceux qui seuls, détenaient la connaissance.

Le salut par la seule grâce de Dieu au moyen de la foi est déjà prêchée par les « précurseurs de la Réforme » (Lefèvre d’ Etaples, Erasme…)

 

B/ Deuxième élément qui peut être cité (mais qui ne suffit pas non plus à lui seul pour expliquer la Réforme) : La corruption de l’Eglise catholique.

- Le grand schisme d’occident (deux papes à la fois, voire trois, qui se jetaient mutuellement l’anathème : 1378 à 1417), est encore dans les esprits.

- L’Eglise est entachée par de nombreux scandales, des exécutions sommaires, etc. Bien des membres du clergé profitaient de leur position pour asservir les petites gens…

- Bien des poètes comme Ronsard, pourtant opposés à la Réforme condamnent la situation :

            « O vous, doctes prélats, poussés du Saint-Esprit,

            Qui êtes assemblés au Nom de Jésus-Christ,

            Et tâchez saintement, par une voie utile,

            De conduire l’Eglise à l’accord d’un concile,

            Vous-mêmes, les premiers, prélats, réformez-vous ! »

                                   Ronsard, pour les dernières sessions

                                   Du Concile de Trente.

 

            C/ Citons enfin le contexte politique :

Bien des pays de « l’arc anglo-saxon » (Scandinavie, régions allemandes…) n’attendaient qu’une occasion pour se défaire du joug que faisait peser le Vatican sur eux, sous forme de taxes et impôts, d’ingérence dans les affaires de succession et autres décisions politiques…

Le fait de protéger Martin Luther d’une mort certaine, celui-ci ayant refusé de se rétracter[1], sera cette occasion.

 

 

II- La question des indulgences.

La Question des Indulgences papales n’est pas à négliger car celles-ci sont révélatrices d’autres éléments qui vont jouer en faveur de la Réforme.

 

            A/ L’existence des Indulgences témoignent de la conception méritoire du salut. Celui-ci n’est plus que la contrepartie d’actions, de faits remarquables (pèlerinages, croisades, sommes d’argents données à l’Eglise, etc.) accomplis par « un saint » et, par « indulgence papale », mis éventuellement sur le compte, de ceux qui paient pour cette indulgence et aident ainsi à renflouer les caisses de l’Eglise[2]

 

             B/ L’existence des Indulgences témoigne aussi de la manière dont l’Eglise est alors comprise (l’ecclésiologie), seule intermédiaire entre Dieu et les hommes, seule dispensatrice des grâces divines, seule capable, car possédant le pouvoir des « clefs de Saint-Pierre », de « gérer » le salut des hommes.

 

            C/ Enfin, les indulgences témoignent de la manière dont Dieu était perçu à l’époque : Un Dieu sévère, un juge implacable, prêt à punir le moindre faux-pas… Il faut dire que la mort est omniprésente : famines, guerres, épidémies… Il était bien facile et utile de faire passer tous ces malheurs pour punition divine… L’homme ne pouvait donc jamais être sûr ce son salut, les gens ont peur de Dieu… Les indulgences papales ne permettraient-elles pas d’« amadouer » Dieu et d’apaiser la conscience de l’homme ?

 

 

III- L’Histoire de Luther

 

            Martin Luther entre tout à fait dans la conception de Dieu de son époque. Ce n’est pas qu’ il ait peur de la mort (celle-ci fait partie de la vie), mais il craint de paraître devant Dieu et d’ être rejeté pour ne « pas en avoir fait assez », il craint d’ être réprouvé… Il n’est pas sûr de plaire suffisamment à Dieu, d’être aimé de Lui…

Pour l’anecdote, c’est en échappant de peu à la foudre, un soir d’orage, que le jeune Luther, qui était déjà très pieux mais qui faisait des études de droit, va se décider à devenir moine…

 

            Puis, en lisant les Ecritures, notamment l’Epître de Paul aux Romains, qu’il enseignait à l’ université, Luther découvre que l’homme ne sera jamais justifié par des œuvres méritoires mais que le salut est proposé à l’ homme par la seule grâce de Dieu, saisie par la foi. Celle-ci elle-même est grâce de Dieu. Il découvre l’amour immérité et inconditionnel de Dieu et cela le bouleverse profondément.

 

            Il est à noter que Luther ne veut pas « faire » une nouvelle Eglise mais réformer la sienne, l’Eglise catholique, de l’intérieur. Il lui faut pour cela répandre ses idées (c’est la raison de l’affichage de ses thèses sur les portes de son Eglise à Wittenberg) et surtout répandre la bonne nouvelle de la Parole de Dieu. Il se met ainsi à traduire, depuis l’hébreu et le grec, la Bible dans la langue de son peuple, l’allemand.

 

Le véritable moteur de la Réforme, c’est donc :

- l’ amour de Dieu, révélé dans Sa Parole et

- l’ amour pour Dieu, révélé dans une vie pieuse et consacrée.

 

 

 

IV- Conclusion : Et pour nous, protestants, aujourd’hui ?

 

            Nous sommes les héritiers des hommes de cette époque, de leurs découvertes, de leur foi, de leurs combats…

            J’aimerais mener ma conclusion selon deux axes : ce qu’implique la Réforme sur le plan collectif, pour l’ Eglise du XXI° siècle, puis ce qu’ elle implique pour nous individuellement.

 

 

            A/ COLLECTIVEMENT

 

            Toute proportion gardée, l’époque que nous traversons connaît quelques similitudes intéressantes avec celle qu’ont connue nos prédécesseurs réformateurs.

 

            1- Ils vivaient à une époque de transition : entre Moyen-Age et siècle des Lumières ; cette époque appelée La Renaissance. La fin d’ une ère, l’entrée dans une ère nouvelle, avec toutes les incertitudes, les insécurités, les « laissés pour compte », les espoirs ou les déceptions que de tels changements provoquent…

            De même aujourd’hui, les penseurs, philosophes, etc. s’accordent à dire que nous avons  passé l’ère moderne (faite d’ une espérance très forte dans l’ homme – l’ humanisme – et dans ses réalisations – le progrès scientifique etc.) et sommes entrés dans l’ère « post-moderne », faite de beaucoup de désillusion quant à la société « moderne », d’un humanisme moins marqué, beaucoup plus d’individualisme tous azimuts (y compris dans « l’expérience religieuse » vécue plus individuellement, plus intérieurement…), on s’affranchit des « dictats » des grandes religions ou des institutions publiques ; il y a en même temps un regain de spirituel mais aussi d’intégrismes en tous genres… En un mot, les hommes cherchent des valeurs éternelles, ils ont soif de sens après plusieurs expériences décevantes…

            L’Eglise saura t’elle, relever le défi de l’Evangélisation, du témoignage de la Bonne Nouvelle et de l’immuabilité de Dieu et de son amour, tout en sachant « coller » aux préoccupations de nos contemporains, avoir un message compréhensible, prendre en compte leurs craintes et leur refus de toute forme d’ absolutisme… ?

 

            2- Tout comme au XVI° siècle, il me semble qu’il y a aussi, pour l’Eglise, un défi à relever quant à la notion de Dieu chez nos contemporains… Certains, excessifs, pour ne pas dire autre chose, ont comme à l’époque une vision très étroite d’un Dieu « communautariste », « exclusiviste », partisan… peu enclin à l’ amour et pouvant « justifier » les positions les plus extrêmes… D’autres, par opposition, ont la notion d’un Dieu « bonne pâte », complètement permissif et duquel toute notion de jugement est exclue ! D’autres ont une notion « moniste » de Dieu, mêlé à sa création : Dieu est en tout, tout est un donc tout est Dieu ! D’autres enfin pensent que Dieu est uniquement transcendant, lointain, et qu’ Il ne peut s’ intéresser à sa création (le « déisme »)… L’ Eglise doit présenter Le Dieu de la Bible, Le Dieu trinitaire et personnel qui s’ est incarné en Jésus-Christ ; Le Dieu dont la grâce est première, mais, si elle est gratuite, elle n’ est pas non plus à « bon marché » !

 

            3- Enfin, Aujourd’hui comme à l’époque, il est facile – et les gens ne s’ en privent pas – de montrer les erreurs de l’Eglise : la corruption, les guerres de religion, son pouvoir, son implication dans le politique, ses richesses (on nous cite souvent celles du Vatican), etc.

            Ils oublient du même coup que l’Eglise c’est aussi – et surtout - l’abolition de l’ esclavage, la suppression du travail des enfants, ce sont des hôpitaux, des dispensaires ou des écoles partout dans le monde, la réforme des conditions de détention… L’Eglise c’est la Croix-Rouge (fondée par le protestant Henri Dunant), la Croix-Bleue, l’Armée du Salut, Mère Térésa ou l’Abbé Pierre, etc.

            Toutefois, il n’ y a pas de fumée sans feu et si nous avons longtemps « donné le bâton pour se faire battre », il nous faut aujourd’hui être et donner l’image d’une Eglise pleinement modèle sur le plan moral et spirituel (Même si l’Eglise doit s’impliquer dans le domaine social, le domaine économique, voire politique, cela vient ensuite et seulement en conséquence de sa foi dans ses valeurs morales et spirituelles !)…

 

            Voici donc trois domaines dans lesquels l’Eglise d’ aujourd’hui, comme celle d’ hier a à briller et à être sel pour les hommes. Mais la Réformation nous renvoie aussi à nous-mêmes :

 

 

B/ INDIVIDUELLEMENT

 

1- Fréquentons l’Evangile, la Bonne Nouvelle, car Il éclaire et Il libère…

 

Le « Libre accès » que nous avons à la Bible est preuve de notre « liberté évangélique ». Il est directement l’héritage laissé par les réformateurs. Ne reconstruisons pas une sorte de clergé protestant qui aurait seul le pouvoir de l’interprétation des Ecritures. Il nous faut lire les Ecritures. Chacun(e) dans la communauté doit s’en nourrir lui-même, y chercher une Parole de Dieu pour soi… Cette nécessité de nous approcher quotidiennement et individuellement de La Bible pourrait à elle seule faire l’objet de plusieurs prédications… Rom. 10 : 17 nous déclare par exemple : « La foi vient de ce qu’on entend et ce qu’ on entend vient de la Parole de Dieu ».

Seule La Parole de Dieu nous donnera individuellement et collectivement la foi nécessaire pour relever les défis de notre temps !

 

            2- Le deuxième point de ma conclusion, sur le plan individuel comme j’ai pu l’ évoquer précédemment au sujet de l’ Eglise toute entière, est la remarque suivante :

Cette (re)découverte de la justification par la grâce, par le moyen de la foi, loin de faire vivre les hommes dans une sorte de « permissivité malsaine », les a amenés à une profonde réforme intérieure ; les structures des Eglises protestantes ont également été réformées pour éviter au maximum toute corruption ou déviation…

En revanche, l’Eglise qui était celle de Luther au départ, l’ Eglise Catholique, ne s’est pas réformée à ce moment-là, ou très peu : elle a proposé une « Contre-Réforme » au travers du Concile de Trente. (Il est heureux de voir que nos frères catholiques ont beaucoup cheminé depuis, notamment suite au Concile de Vatican 2).

 

Toutefois Jérémie 13 : 23 nous le rappelle : « Un Ethiopien peut-il changer sa peau, Et un léopard ses taches ? De même, pourriez-vous faire le bien, vous qui êtes accoutumés à faire le mal ? »

 

            Ainsi, ne nous trompons pas : Il n’est pas difficile de nous réformer… en fait, c’est simplement impossible ! Mais ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu ! (cf. Luc 18 : 27). La Réforme a été l’œuvre de Dieu. Il ne pouvait en être autrement. Et l’Esprit-Saint continue de souffler aujourd’hui, sur nous, sur l’Eglise… Dieu désire poursuivre « ses réformes » en nous et dans nos communautés, parce que nous en avons bien besoin ! C’est pour cela qu’il nous propose un cœur nouveau. Cela vient de Lui… Mais Il demande notre assentiment, notre adhésion totale…

 

Le voulons-nous ?

 

 

Pasteur Serge MARTORANA



[1] A la diète (= Assemblée) de Worms par exemple, en 1521, où Martin Luther est sommé de se rétracter devant l’empereur Charles Quint, il dira : « A moins que l’on ne me persuade à l’aide des Ecritures ou par une raison saine, je ne peux ni ne veux me rétracter, car il est dangereux d’agir contre sa conscience ».

[2] En 1517, lorsque Luther affiche ses thèses, l’argent récolté par les prélats du Pape servait, entre autre, à financer la construction de la Basilique St-Pierre de Rome, ce qui, dans le fond peut fort bien se défendre ; c’est plutôt le discours qui accompagnait les collectes qui serait à blâmer : Tetzel, que croise Luther, déclare « dès lors que vos sous tintent au fond de la caisse, votre âme s’envole et échappe aux flammes du purgatoire » !






                    
 
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