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L’ÉVANGILE DE JUDAS
Les sites
Internet de "
Il est rare que Judas fasse
la « une » de l’actualité. Et pourtant, le célèbre éditeur américain
National Geographic Society n’a pas hésité, jeudi 6 avril, a rendre publique
une information troublante : la traduction d’un texte s’intitulant « évangile »
, rédigé probablement au milieu du IIe siècle de notre ère, et signé du nom
de Judas, le disciple qui trahit Jésus. Ce texte est désormais accessible à
tout un chacun, en langue anglaise (pour l’instant). Dans un entretien exclusif, accordé à L’apôtre réputé félon qui vécut en Palestine au début du
1er siècle et dont les Evangiles racontent qu’il vendit Jésus aux prêtres du
Temple pour trente pièces d’argent aurait-il écrit pour justifier sa
trahison ? Son rôle - néfaste mais essentiel - dans
Un document
d’un intérêt exceptionnel
Il
n’empêche, cet « Evangile de Judas » reste d’un intérêt exceptionnel pour
mieux comprendre les débuts du christianisme, qui se développe alors plus ou
moins clandestinement dans l’Empire romain, en même temps que d’autres
courants religieux. Pour Rodolphe Kasser en effet, si ce texte a été rédigé
en grec (puis traduit en copte) dans un milieu déjà très familier du
christianisme, il relève pourtant clairement d’un autre mouvement religieux :
la « gnose », qui signifie « connaissance » en grec. Il s’agit d’une sorte
de religion ou philosophie ésotérique comprenant de nombreuses sectes, qui
s’est développée entre le second et le quatrième siècle ap. J.-C. dans
l’Empire romain. De petits groupes d’initiés, les gnostiques, inspirés par
certaines idées philosophiques grecques et par les Ecritures bibliques,
réinterprétaient à leur façon le christianisme. Ils pensaient que le
véritable Dieu était inconnaissable et incréé « hors de toute matière ». Il
était masqué aux yeux des hommes par un dieu inférieur malfaisant, créateur
du monde, le dieu biblique. Pour les gnostiques, le monde est donc un lieu
infesté par le mal, les ténèbres et le péché, où l’on adore un usurpateur.
Seuls seraient « élus », sauvés, ceux qui échapperaient à cette supercherie
et atteindraient la perfection par une initiation à des pratiques, des
paroles de type magique. Ceux-là rejoindraient la lumière, le véritable Dieu
après un parcours difficile. Inutile pour eux d’essayer de convertir les
autres, ni de se reproduire, car le monde court dans son ensemble, à sa
perte...
Mieux
comprendre le mouvement gnostique
Les
manuscrits de ces textes ont peu à peu disparu, victimes de campagnes
volontaires de destruction, de l’oubli des hommes ou de l’usure du temps. Le
mouvement gnostique nous est donc surtout connu par les arguments développés
contre lui par les théologiens de cette époque, dans des textes de
controverses. D’où l’importance de « L’évangile de Judas » qui ouvre un
accès direct à cette pensée et fera mieux comprendre aussi les réponses des
chrétiens de ce temps. Le récit développé dans « l’évangile de Judas », commence
par montrer Jésus qui rejoint ses disciples en train de préparer
« Le scribe
savait qu’un titre pareil ferait scandale ! »
Dans quelques mois, la publication scientifique du
manuscrit avec des photographies de chaque page, permettra aux chercheurs du
monde entier de se pencher sur ce texte à leur tour. Rodolphe Kasser espère
que la confrontation avec d’autres textes gnostiques apportera de nouvelles
informations. Il conclut avec humour : « le scribe qui a écrit « l’évangile
de Judas » savait qu’un titre pareil ferait scandale ! » Mais il ignorait
sans doute que sa provocation attiserait encore la curiosité au XXe
siècle...
Sophie LAURANT Pour
en savoir plus ne manquez pas le supplément « Sciences et éthique » de
" A lire
aussi sur le site du
Monde de la Bible
: « Les milieux gnostiques créateurs
d’Evangiles » par Jean-Daniel Dubois, professeur de christianisme ancien,
directeur d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, à Paris. |
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